Les richesses du sous-sol
L'Ardenne n'est pas seulement une terre de forêts et de pâturages — sous sa surface se cache une histoire géologique qui a façonné l'économie de la région pendant des siècles. La région autour de Regné et de la commune de Vielsalm au sens large est connue pour la diversité de son sous-sol, qui a été exploité à différentes époques de l'histoire pour ses minéraux, ses pierres et d'autres ressources.
Au fil du temps, le sous-sol de la région a procuré des sources de revenus aux habitants du village et des environs.
On a ainsi extrait :
- XVIIe - XIXe siècle : Les ardoises de schiste dans les fosses (mines ouvertes) sur Colanhan pour la construction (toitures mais aussi murs). Les pierres de schiste pour la construction.
- XVIIIe - XIXe siècle : Le manganèse (industrie du fer) à Hébronval et la tourbe (chauffage) sur le plateau des Tailles.
- XIXe - XXe siècle : Le coticule (pierre à aiguiser de réputation mondiale) entre Regné et Ottré (lieu-dit « Grand Thier »). Des pierres de schistes pour la construction.
- XXe siècle (1ère partie) : Le sable jaune (lieu-dit : « â Trô d'sâvion » et à l'origine : « Po drî l'vêye ») comme matériau de construction.
Les gisements minéraux de la région Bihain-Ottré
La région comprise entre Regné, Hébronval, Bihain et Ottré recèle de nombreux vestiges d'anciennes exploitations dans les couches du Salmien (Sm2). Ces travaux consistaient en des carrières de coticule, des extractions de pierres de construction et des mines de manganèse.
Plusieurs toponymes témoignent encore de cette activité minière : le « Thier de Regné », « Au Corai » (près d'Ottré) ou encore « Sur les Minières » (anciennes mines de manganèse près de Bihain). Les haldes (tas de déchets miniers) contiennent des minéraux rares qui font la réputation scientifique de la région.
Fosses à coticule (Regné – Bihain – Ottré)
Pas moins de 24 espèces minérales ont été identifiées dans les anciennes fosses à coticule, parmi lesquelles :
- Oxydes : anatase, hématite, quartz, rutile, gahnite
- Phosphates : apatite, turquoise, vantasselite, variscite, wavellite
- Silicates : andalousite, ardennite, davreuxite, ottrélite, spessartine, tourmaline
Au site 1 (Regné), les anciennes galeries souterraines atteignent une grande profondeur et ont livré de l'andalousite, de la chlorite et de la davreuxite.
Au site 2 (« Les Plates », Bihain), c'est le lieu-type de la vantasselite, un phosphate décrit pour la première fois en 1987 à partir d'échantillons de cette localité. On y trouve également de la cacoxénite, de la variscite et de la wavellite.
Au site 3 (Galerie Maizeroul, Bihain), une galerie aujourd'hui effondrée présente de l'hématite et des oxydes de manganèse.
Anciennes minières de manganèse (Bihain – Hébronval)
16 espèces minérales ont été recensées dans les anciennes minières de manganèse. Le minerai, constitué d'oxydes de manganèse noirs, était exploité pour l'industrie du fer. On y trouve notamment de l'alurgite (variété manganésifère de muscovite), de la wavellite sur quartz et divers oxydes de manganèse. Les vestiges de ces exploitations, aujourd'hui enfouis sous des plantations d'épicéas, restent un témoignage de l'intense activité minière qui a marqué la région aux XVIIIe et XIXe siècles.
Extrait de : Les gisements minéraux du Salmien dans le massif de Stavelot — Michel Blondieau, 2005
1. Les ardoises de schiste
Colanhan est une grande colline allongée d'est en ouest, au sud du village de Verleumont. Son sommet atteint 565 m. Il présente des intérêts géologiques, géomorphologiques, historiques et paysagers.
Le socle est formé de phyllades salmiens très métamorphisés, disposés en bancs redressés presqu'à la verticale et présentant une schistosité très marquée. Ces phyllades très durs ont mieux résisté à l'érosion que les roches des alentours si bien que par érosion différentielle, la Montagne du Colanhan émerge des « plaines herbagères » voisines et se termine à l'ouest par un abrupt spectaculaire plongeant jusqu'à la Lienne. C'est ce que les géomorphologues appellent un synclinal perché, structure très rare chez nous.
Les phyllades (très durs et à schistosité marquée (clivage ardoisier)), ont été exploitées comme ardoises pendant des siècles. Toutes les exploitations, artisanales et quasi familiales, eurent lieu sur le sommet, par creusement de fosses et accumulation de déblais en gros tas, tous encore visibles actuellement. Le caractère familial de cet artisanat local fait que la colline est morcelée en une infinité de petites parcelles.
Les ardoises typiques de cette région étaient appelées « cherbins ».
Extrait de : www.ardenne-et-gaume.be/colanhan.html
2. L'extraction du coticule
Ci-dessous, vous pouvez déjà avoir un aperçu des différentes fosses ainsi que des photos retrouvées avec le concours du Musée « En Piconrue » à Bastogne.
Beaucoup de personnes de Regné ont participé à l'extraction, mais à tout seigneur, tout honneur, c'est Mr Joseph Bidonnet qui en était le « contre-maître » (Fosse Nr 12) (Maison 11 dans la partie IV, « Les sobriquets »).
3. La tourbe
Sur le plateau des Tailles, à deux pas de Regné, s'étendaient autrefois de vastes tourbières. La tourbe y était extraite à la bêche dès la fin du printemps : on découpait la masse spongieuse en blocs réguliers, qu'on disposait ensuite en petits tas alignés sur le sol pour les laisser s'égoutter, puis on les retournait régulièrement tout au long de l'été pour qu'ils sèchent lentement au vent et au soleil des hautes terres. À l'automne, les blocs suffisamment asséchés étaient rentrés et empilés à l'abri pour l'hiver.
Combustible du pauvre, la tourbe avait beaucoup de défauts : elle brûlait mal, dégageait une chaleur modeste et surtout produisait des fumées épaisses et âcres qui emplissaient les chaumières. On l'utilisait souvent mélangée à du bois pour l'aider à prendre. Son usage déclina au fil du XIXe siècle avec l'arrivée du charbon, mais elle resta longtemps le seul chauffage accessible aux familles les plus modestes de la région. Les tourbières des Tailles, aujourd'hui protégées, témoignent encore de cette époque révolue.
Photos retrouvées avec le concours du Musée « En Piconrue » à Bastogne.
4. Le sable
Le sous-sol de Regné recélait aussi des filons de sable, exploités à ciel ouvert de manière artisanale dès les années 1920. Trois familles se succéderont dans cette activité — Marquette, Dubois, puis Bidonnet et Nizet — chacune avec ses moyens et ses méthodes, jusqu'à l'épuisement définitif des gisements dans les années 1950. L'endroit de l'extraction, situé entre Regné et Lierneux, restera gravé dans la mémoire locale sous son nom wallon : « A trou d'sâvion » — le trou de sable.
Lu trô d'sâvion — le trou de sable
Le sous-sol aux alentours de Regné contenait des filons de sable en grande quantité. Dans les années 1920–1930 l'extraction à ciel ouvert de ce matériau était effectuée par une entreprise familiale (Marquette). Cela se faisait manuellement avec de faibles moyens. La matière se trouvait à peu de profondeur mais les veines pouvaient atteindre jusque deux mètres d'épaisseur.
Le sable en question était détaché à la verticale soit à l'aide d'outils rudimentaires (pioches, pelles, etc.) ou parfois en utilisant de la dynamite. Le produit abattu se présentait en morceaux d'une roche très tendre. Il fallait alors l'écraser en utilisant de larges pelles appropriées en bois et ensuite tamiser à travers une grille métallique légèrement inclinée. Ainsi traité, le produit fini était destiné à servir à la construction des bâtiments. Suivant la demande, le transport était habituellement effectué vers différentes destinations à l'aide d'un tombereau tiré par un bœuf attaché par un joug.
Cette petite exploitation cessera ses activités vers 1935.
Auparavant, une autre carrière du même type avait déjà été exploitée et se trouvait à l'abandon par manque de matière première…
Petite anecdote de l'auteur à ce sujet : « Avec ma famille, nous occupions un terrain agricole situé entre les deux carrières précitées. Lors de la bataille des Ardennes, une concentration de blindés allemands avait trouvé refuge sous des drèves de sapins dans les environs proches afin de les dissimuler. Ils furent repérés par les avions alliés qui leur donnèrent la chasse. On découvrira par la suite qu'une « bombe » avait explosé, créant un entonnoir d'une grande profondeur. Vu le terrain sablonneux de l'endroit, la terre fut pulvérisée à longue distance et non récupérable. »
Dès la cessation de l'exploitation signalée ci-dessus, une autre famille (Dubois) avait découvert un nouveau filon de sable à quelques encablures au bord de la route de Regné à Lierneux. Celle-ci aura une tout autre dimension ainsi que des moyens semi-industriels mieux adaptés à pareille entreprise. Au fur et à mesure que l'extraction se développait, une mini-ligne de « chemin de fer » sera mise en place. Le système d'abattage du produit ne changera guère sauf que l'ensemble fut plus mécanisé.
La roche, à l'état brut, était chargée sur un wagonnet lequel sortait du trou d'extraction tiré par un câble qui s'enroulait à un treuil. Ce dernier était mu par un moteur électrique. Arrivé au niveau du sol, le chargement du wagonnet était basculé afin de former un stock en attente de la mouture.
Dès que le volume était suffisant, un moulin (concasseur), lui aussi actionné par un moteur électrique, était mis en mouvement et la roche y était déposée pour en faire du sable fin prêt à l'emploi dans la maçonnerie. Le produit fini était stocké sous toit en attente des prélèvements. Ces derniers étaient transportés soit par camion ou certains particuliers enlevaient le produit avec leur propre charroi.
Ce genre d'exploitation sera d'une assez longue durée jusqu'au jour où la veine toucha à sa fin à cet endroit. Bien que le filon continuait dans le sol du voisinage, le propriétaire des lieux ne souhaitait pas voir « abîmer » son terrain. Étant donné ce refus, il faudra bien mettre fin à ce genre d'extraction. On fit bien quelques recherches dans les environs mais le filon n'était pas exploitable vu son faible volume. De cela des trous béants avaient vu le jour au fil du temps et ils resteront en l'état jusqu'après les évènements de 1944–1945.
C'est après cette triste période qu'ils seront tous désignés pour enfouir les déblais des maisons sinistrées ainsi que diverses choses dont les cadavres d'animaux. Lorsque les fameux trous furent comblés, ils retrouveront leur état primitif.
Mais pour beaucoup d'autochtones, l'endroit sera toujours appelé « A trou d'sâvion ».
Dès 1945, après les évènements guerriers, il y avait lieu de reconstruire de nombreux immeubles sinistrés. Les besoins en sable étaient à l'ordre du jour. Heureusement, le fameux proprio voisin admit de procéder à l'extraction du produit de son sol. Une nouvelle entreprise (Bidonnet) vit le jour et des tonnes de sable sortiront de terre dans les mêmes conditions que l'exploitation précédente.
Après quelques temps, l'affaire sera reprise par un autre exploitant (Nizet) qui mettra un terme définitif à l'extraction du sable à Regné dans les années 1950. Avec le coticule, ce seront les exploitations des richesses du sous-sol de Regné qui s'éteindront après avoir subsisté pendant des décennies.
Le temps avait changé le cours des choses.
Joseph Gavroye, 18 novembre 2011
5. Les pierres de schiste
6. Le manganèse
De rijkdommen onder het oppervlak
De Ardennen zijn niet alleen een land van bossen en weilanden — onder het oppervlak ligt een geologische geschiedenis die de economie van de regio eeuwenlang heeft gevormd. Het gebied rond Regné en de bredere gemeente Vielsalm staat bekend om zijn diverse ondergrond, die op verschillende momenten in de geschiedenis is geëxploiteerd voor mineralen, steen en andere grondstoffen.
1. Coticule-winning








2. Turf









3. Zand
4. Leisteen
5. Mangaan
The Riches Beneath the Surface
The Ardennes is not only a land of forests and pastures — beneath its surface lies a geological history that has shaped the region's economy for centuries. The area around Regné and the broader municipality of Vielsalm is known for its diverse subsoil, which has been exploited at various points in history for minerals, stone, and other resources.
1. Coticule Extraction








2. Peat









3. Sand
4. Slate
5. Manganese
Die Reichtümer unter der Oberfläche
Die Ardennen sind nicht nur ein Land aus Wäldern und Weiden — unter ihrer Oberfläche verbirgt sich eine geologische Geschichte, die die Wirtschaft der Region seit Jahrhunderten geprägt hat. Das Gebiet um Regné und die weitere Gemeinde Vielsalm ist bekannt für seinen vielfältigen Untergrund, der im Laufe der Geschichte für Mineralien, Stein und andere Ressourcen genutzt wurde.
1. Coticule-Gewinnung








2. Torf









3. Sand
4. Schiefer
5. Mangan