1. Les blessures de deux guerres mondiales

Le 20e siècle a apporté des souffrances inimaginables aux Ardennes. Deux fois en l'espace de trente ans, la région s'est retrouvée à l'épicentre de conflits dévastateurs. Pour les habitants de Regné, l’Offensive des Ardennes durant la 2e guerre mondiale ne fut pas un événement lointain lu dans les journaux — ce fut une réalité vécue qui brisa des familles, détruisit des maisons et laissa des cicatrices dans le paysage et dans la mémoire collective qui perdurent encore aujourd'hui.

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Pendant la Première Guerre mondiale, l'avance allemande à travers la Belgique a amené l'occupation dans les villages ardennais. Les jeunes hommes furent appelés sous les drapeaux, et ceux qui restèrent endurèrent les difficultés de la vie sous contrôle étranger — réquisitions, restrictions et l'anxiété constante des nouvelles incertaines du front. La fin de la guerre apporta le soulagement, mais aussi le chagrin pour ceux qui ne reviendraient jamais.

La Seconde Guerre mondiale frappa les Ardennes avec une fureur encore plus grande. La région fut envahie en mai 1940 lors du Blitzkrieg allemand et endura quatre années d'occupation. Mais le chapitre le plus dévastateur survint durant l'hiver 1944–1945, lorsque Hitler lança l'Offensive des Ardennes — connue des Alliés sous le nom de Bataille des Ardennes. Les combats firent rage à travers les forêts et les villages de la région, et Regné se retrouva sur le chemin de la destruction. Des maisons furent endommagées ou détruites, des civils pris dans les tirs croisés, et le froid mordant ajoutait à la misère. La libération, quand elle vint enfin, révéla un paysage cicatrisé par les cratères d'obus, les bâtiments incendiés et les traces silencieuses de terribles combats.

Le fortin au bord des Fagnes
Le fortin au bord des Fagnes — ligne de défense de la Baraque de Fraiture

2. Les prisonniers de guerre de Regné

René Dubois (1920–2013), ancien de la campagne de 40, ancien prisonnier de guerre (Stalag IA – Königsberg en Prusse orientale, aujourd'hui Kaliningrad), participait chaque année aux commémorations en tant que représentant de la Fédération des anciens Prisonniers de Guerre (section des Fagnes). Il en fut même l'organisateur pendant plusieurs années, jusqu'en 2012.

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Quand René fut de retour de captivité en 45, il ne put revoir sa maman (Marie Pierre) qui fut victime d'un obus qui saccagea l'étable (voûtée) servant de refuge à une partie des habitants (N° 55 dans « Les sobriquets »).

René Dubois en captivité
René Dubois en captivité
René Dubois et Joseph Lambert devant la stèle commémorative, 2011
René Dubois (à g.) et Joseph Lambert (à dr.) ainsi que le Conseil des enfants lors de l’inauguration de la stèle commémorative en 2011.
René raconte son retour du Stalag IA — Partie I
René raconte son retour du Stalag IA — Partie II

Joseph Lambert (1920–2015), ancien de Regné, fut aussi emmené en captivité. Il racontait que lors de son transport en captivité, le camion dans lequel il se trouvait passait par Regné en direction de Vielsalm. Il put voir pour la dernière fois ses parents devant la maison le long de la grand-route (maison détruite à l'offensive des Ardennes). Quand il revint de captivité, il ne revit pas ses parents (Louis Lambert et Marie Laurent), victimes de la mitraille alors qu'ils se sauvaient de leur ferme (N° 21 dans « Les sobriquets ») durant les pires jours de l'Offensive.

« Mes Mémoires » — Joseph Lambert (mars 2010)

Texte intégral du manuscrit « Mes Mémoires », rédigé par Joseph Lambert en mars 2010. Transcription fidèle de l'original manuscrit — certaines pages paires du document sont manquantes (versos non lisibles).

Mes parents se sont mariés à Bihain le 9 mai 1917. Ils se sont d'abord installés avec le papa à la ferme et en 1919, ils ont déménagé à Regné dans la ferme qu'ils louaient chez Nikelman de Salm-Château. Ma sœur Mle Louise était née à Bihain le 10-10-1918 et était à l'école maternelle catholique lorsque je suis né le 5 décembre 1921.

Papa possédait un étalon pour la monte publique et se déplaçait dans plusieurs villages des alentours. Maman s'occupait de la ferme, de nous deux et de son ménage.

À l'âge de 3 ans, j'ai aussi fréquenté l'école maternelle et puis je suis allé à l'école communale chez Monsieur J. Choque. Cet instituteur corrigeait les élèves à coups de règles, si bien que des parents sont intervenus et il a été condamné à Marche. Je n'ai rien subi personnellement, papa y avait veillé.

Suite à ces histoires, j'ai terminé ma 6e primaire à l'école St-Joseph à Vielsalm où j'allais en vélo en été par tous les temps, et en hiver en autocar que j'allais prendre à Hébronval.

Pendant mes temps libres, j'aidais à la ferme où il y avait environ 40 vaches, des veaux, génisses, cochons et poules. Après 2 années moyennes à Vielsalm, je suis resté avec mes parents et ma sœur. J'accompagnais parfois papa lors de ses tournées dans les villages, ce qui m'a permis de connaître bien des gens.

J'ai gardé quelques souvenirs de mes jeunes années dans le village avec les compagnons de mon âge. J'ai été enfant de chœur, nous allions en pèlerinage, aux conférences avec le Curé. Il m'était permis d'aller au bal, pas loin, malgré les malédictions émises par l'Abbé Tilkin ! À chaque kermesse il prêchait contre les bals et dit un jour : « Parents qui conduisez vos jeunes au bal, je vous maudis. » Je recevais 5 francs le dimanche et il fallait cette somme pour l'entrée au bal. Je pouvais parfois prendre le vélo, mais il fallait rentrer pour minuit.

Vu le boulot de papa, nous avions le téléphone public et je me souviens que, parfois le soir à tous les temps, il fallait inviter les gens à venir répondre à leurs correspondants. Cela nous a valu des instants cocasses.

Papa savait soigner les animaux et aussi tuer et découper les porcs, et à l'âge adulte, je pouvais l'aider et même le faire seul, cela me donnait de la distraction et du pognon.

En 1939, notre téléphone a été réquisitionné par l'armée. Lors de la mobilisation, le soldat Planton était de garde à la maison. C'était l'état-major de Panhas qui distribuait la « louf » aux soldats, et il terminait par le Planton. Lorsqu'il restait à manger, je recevais une bonne ration qui me ravissait. Bien après, nous avons ouï dire que l'armée recevait la viande de bêtes tuberculeuses en-dessous de 60 %. C'était l'époque où on commençait à tuberculiner les bovins. Un cousin, filleul de papa, Louis Boutet, fils de Pariso Lambert, expatrié en France en 1927 et étant resté de nationalité belge, a été mobilisé à Regné. Il avait effectué son service militaire à Rencheur en 1934. Pour qu'il soit bien logé, papa est allé l'inviter à venir s'installer chez nous, mais il a préféré rester avec les copains !

En 1938, il y eut des bruits de guerre et mes parents ont décidé de faire devancer mon service militaire obligatoire d'un an, croyant ainsi que j'aurais terminé ma classe avant que la guerre n'éclate. Seulement le gouvernement avait décidé que les nouvelles recrues ne pourraient faire leur instruction à la frontière. C'est alors que, croyant entrer aux 3e chasseurs à Rencheur, j'ai dû aller à la caserne Trésignies à Charleroi le 29 janvier 1940. Cela paraissait un peu loin. Enfin pour Pâques, le 24 mars, je pus avoir 4 jours de congé et venir à Regné. C'est alors que j'ai contracté une angine. Le Dr Bodson de Vielsalm (mobilisé) m'a soigné, mais je ne pouvais rester chez mes parents et ai été transporté à l'infirmerie militaire d'Erezée où je suis resté 8 jours en convalescence.

Après être rentré à Charleroi, j'ai pu revenir un jour à la maison, ce qui m'a valu, au rapport, 2 mois de suppression de faveur, car d'après mon commandant Kleren, « on ne va pas en permission quand on est malade » !

Le jeudi 9 mai, au soir, je suis allé, avec René Dubois et François Guillaume, écouter la radio à la cantine. Bonne nouvelle ! En Hollande, les congés étaient rétablis pour les mobilisés et nous devions bénéficier de 4 jours pour la Pentecôte.

À 2 heures du matin, alerte ! Mais nous étions habitués. Le sergent est passé et a dit « ce n'est pas une alerte, c'est la guerre ». Alors vers 4 heures, les Allemands sont venus bombarder le champ d'aviation de Gosselies. Nous avons quitté la caserne pour nous rendre à la maison du commerce et déménager les affaires militaires pour les déposer sur le quai de la gare de Charleroi. Dans l'après-midi, j'étais de garde pour l'arsenal militaire sur le quai. Quand les avions sont revenus bombarder la gare en réponse à la D.T.C.A., je me suis fourré en-dessous d'un wagon qui a été recouvert par le toit d'une friture voisine. Alors, j'ai été porté disparu. Les avions avaient lâché 3 bombes : une était tombée sur les remises de la gare, la 2e un peu plus loin sans faire de dégâts et la 3e dans la Sambre.

La nuit suivante, nous sommes partis en train pour Saint-Gilles-Waas, en passant par Lokeren. Là, nous avons été torpillés par les stukas ennemis ; plus un seul carreau au train, mais pas de blessé. À Saint-Gilles nous avons creusé des tranchées pour nous mettre à l'abri. Les soldats français, que nous avions déjà aperçus à Charleroi vers 9 h, nous ont rejoints. Le samedi soir, je logeais dans un poulailler. On nous a demandé d'aller monter de garde à la frontière hollandaise, j'y suis allé avec Bertrand de Devant-Tave. Le lendemain, nous sommes repartis en train vers la France, nous roulions lentement et à tous moments, nous essuyions des bombardements, nous avions faim et soif. Lorsqu'on allait se cacher lors des chutes de bombes, il arrivait de pouvoir chiper de l'eau à la locomotive !

Le 22 mai, nous arrivons à Boulogne-sur-Mer où nous avons été attaqués. Notre compagnie a été réfugiée dans un grand parc où nous avons passé la nuit. Heureusement, j'ai trouvé un petit abri avec Alfred Herman.

Les nazis nous ont fait prisonniers le 23 mai. Un seul soldat allemand s'occupait de nous et nous a fait déposer les armes dans un garage et nous a fait descendre jusqu'à Montreuil. Là, nous avons été parqués dans un terrain de foot où nous avons passé la nuit. Nous étions entre 15 et 20 mille Belges. Les jours suivants, on repartait. Nous avons traversé Hesdin, Frévent, Doullens, Baume pour arriver à la caserne de Cambrai où nous avons fait la file pour avoir une maigre pitance. Ce n'était pas pour nous remettre d'une nuit d'orage où nous nous étions réveillés dans l'eau. Ensuite nous voyons le Catteau, Landrecies et Avesnes. Arrivé là, je n'avais plus de semelles à mes souliers, je marchais sur les bas. Nous logions dans les filatures de la ville. Après avoir montré mes chaussures aux gardiens, j'ai été chargé dans un camion pour continuer la route.

Chaque matin, 5 camions avec remorques attendaient à la sortie des camps. On y entassait 100 hommes dans chaque véhicule. Je pense que c'était le 1er juin, les camions se sont arrêtés à La Roche. Là les gens nous donnaient des œufs, du pain, des pommes de terre... Et nous sommes arrivés à Regné. Maman était sur le seuil et j'ai crié bonjour, mais les camions roulaient vite. Le convoi a ralenti avant la ferme Crouquet et j'ai vu Mle Louise à vélo, je suis vite descendu du camion, mais les copains m'ont rappelé car un soldat allemand arrivait avec son fusil. Ce jour-là, nous avons atterri à Saint-Vith et nous avons passé la nuit dans une pâture à l'entrée de la ville. Enfin installé, j'ai fait un petit feu avec des brindilles trouvées sur place et j'ai cuit les œufs que j'avais en poches, des entiers et des brouillés, cassés.

Toujours en camion, nous nous sommes dirigés vers Pronsfeld, en traversant Saint-Vith. Nous avons été sidérés de voir les drapeaux à croix gammée à toutes les fenêtres, même aux soupiraux ! À Pronsfeld, une tente était dressée près de la gare pour nous y recevoir. Là, nous avons été bien ravitaillés, mais dépouillés de tous nos biens en poche sauf la montre.

Le lendemain, nous avons été embarqués dans des wagons pour Trèves, lieu fermé où nous étions serrés comme des sardines pendant 46 heures, sans eau, mais un peu de nourriture. Quand nous avons pu voir le jour, nous étions à Nuremberg, le 6 juin 1940, mais nous étions morts de faim. On nous entassa dans des tentes et des baraquements. Nous allions travailler dans des carrières. Un jour, en allant poser des barbelés autour du camp, j'ai rencontré Alphonse Remy de Fraiture, nous n'avons pas eu le temps de parler.

Vers le 15 juin, on a rassemblé 600 prisonniers et en train nous sommes arrivés à Hohensfeld. Alors là, c'était la catastrophe ! 10 heures de travail par jour dans les carrières où il faisait tellement chaud ! Il fallait faire 2 km à pied le matin et le soir pour le retour. Cela a duré jusqu'en août. Nous devions parfois rapporter des copains exténués par le travail. Ensuite, on a formé des groupes qui ont été désignés pour le travail dans les fermes. Toujours en train puis on s'arrêtait dans chaque village pour y déposer les prisonniers désignés. Je suis allé jusqu'à Saule et puis à pied jusqu'à Waltershausen (4-5 km) en Bavière. Arrivés à la laiterie où nos futurs patrons nous attendaient comme aux marchés de bestiaux, choisissant qui leur plaisaient. Nous étions 18 pour travailler dans les fermes de ce village. Gustave Wittweger, un riche propriétaire qui avait fait la guerre 1914-1918, me conduisit chez lui. Sa femme Rosine était très sympathique. Le fils aîné faisait fonctionner la ferme avec son père, 2 autres fils étaient au fort et le dernier était handicapé, suite à une chute du char de foin de sa mère avant sa naissance, mais il pouvait quand même un peu travailler aux champs. Les 2 filles étaient mariées.

La ferme comptait une dizaine d'hectares, 2 chevaux, 10 vaches, des veaux, 2 chèvres..., tout le travail se faisait à la main. J'étais bien considéré et surtout je mangeais à ma faim. Rosine me disait parfois : « Il faut écrire à maman », elle qui avait 2 fils soldats. C'était une région protestante et un jour en rentrant du travail aux champs, Gustave me dit : « On va aller dire une prière dans notre église. » Catastrophe ! Les catholiques ne pouvaient, alors, entrer dans un temple ! Qu'allait dire maman ? J'étais fort gêné, mais je ne pouvais dire non à mon patron. Une sentinelle allemande nous conduisait à notre travail le matin vers 6 heures et nous reprenait le soir, vers 10 heures l'été, pour nous ramener dans notre baraque. Après un moment, on pouvait partir seul. C'était navrant de ne pouvoir ni parler, ni se comprendre. J'avais gardé quelques bribes d'allemand que j'avais étudiées un an à Vielsalm, mais c'était peu. Mais comme j'avais la base des langues, j'ai commandé des livres à la Croix-Rouge et je me suis mis à bûcher.

Après 14 mois de captivité, il y eut une restructuration et nous avons été mutés pour Sulsfeld, à environ 14 kilomètres. La sentinelle nous a accompagnés, à pied avec nos baluchons jusqu'à nos fermes respectives. Toujours en Bavière, mais en région catholique. Là, les gens étaient en majorité contre les nazis, tandis que chez les protestants, ils étaient portés pour le régime. Nous étions 4 copains à avoir changé de village tandis que d'autres étaient partis pour Schweinfurt.

Mon nouveau patron, Antoon Kilian, possédait une ferme de 30 hectares. Toutes les bêtes étaient nourries, été comme hiver à l'étable et on les soignait avec des herbes fauchées fraîchement et passées au hache-paille, comme la paille. La famille comptait la vieille maman, veuve, le fermier et sa femme Emma ainsi que 2 filles : Lydia, 10 ans et Rosa, 8 ans. J'étais, là aussi, bien accueilli, bien nourri, mais il fallait travailler dur ! Nous avions aussi une maison aux fenêtres grillagées et nous étions surveillés par un nouveau garde-champêtre qui était bon avec nous. Il nous accompagnait même, la nuit, pour aller dire bonjour à des camarades dans des villages voisins. Mais il a été dénoncé par des nazis, car trop bon avec les prisonniers. Son remplaçant a été plus strict.

Lors de fêtes de famille, les invités de la ferme mangeaient dans la « belle » chambre, tandis que ceux de la maison restaient à la cuisine. Mais quant à moi, j'étais considéré comme un invité. Mes camarades prisonniers venaient tous du voisinage, c'étaient de gais lurons qui n'hésitaient pas à jouer des tours aux Allemands. Un avait tué une oie et l'avait posée sur le fumier, disant qu'elle était crevée, pour […]

[Page 8 du manuscrit manquante]

Les enfants des écoles étaient invités à apporter des ferrailles pour l'armée : pour tourner les V1, et l'élève qui en avait le plus pouvait voir le Führer. Mais chez Kilian, on n'était guère d'accord et les filles pleuraient, ne voulant pas être moins que leurs compagnes.

En février 1944, les bombardements sur Schweinfurt ont commencé, les alliés sont venus 3 fois en 24 heures, la 3e fois, c'étaient des bombes incendiaires, tout a été rasé. Distants de 27 km par la route, on entendait les explosions et la flamme des bougies vacillait. Après, les Allemands se vantaient d'avoir abattu 200 avions et les Anglais avouaient en avoir perdu 130.

Le 6 juin, Émile me fit part du débarquement en Normandie. On ne pouvait pas trop manifester sa joie. Alors, nous avons essayé de suivre l'évolution de la libération, nous n'avions pas de radio, chez Kilian non plus. Il fallait que chacun glane des nouvelles par-ci, par-là. La correspondance de Belgique mettait plus ou moins 2 mois pour nous parvenir. Ma dernière lettre datait du mois d'août 1944 lorsque j'ai quitté Sulsfeld. Nous avons été au courant de la libération de notre pays et de l'offensive von Rundstedt.

Le 8 avril 1945, les soldats américains se sont montrés et il y eut 6 maisons incendiées. Et pour comble, le bourgmestre est venu nous solliciter pour aller éteindre le feu, mais nous n'avons pas bougé. Nous étions heureux et n'allions plus travailler, mais allions quand même manger. Nous croyions que les alliés s'occuperaient de nous, mais après quelques jours, nous avons décidé d'aller à Bad Neustadt à pied. Là nous avions faim, nous volions où nous pouvions et vers le 30 avril, il a beaucoup neigé, et nous sommes retournés d'où nous venions. Et nous sommes de nouveau revenus à Bad Neustadt. […]

[Page 10 du manuscrit manquante]

« Qu'allons-nous retrouver chez nous après l'offensive ? » Je n'avais qu'une chose en tête, revoir ma famille.

C'est ainsi qu'à Jauvy, à l'arrêt du train, il y avait du monde, tante Céline, qui avait perdu son mari le 3 juillet 1944, avec Nelly. Alors Arthur Bitour de Sart m'a crié : « Quel malheur, pauvre Joseph ! » Quoi ? Je ne devinais pas.

Marie-Louise avait envoyé son fiancé Georges Mathieu pour me prévenir, mais il était arrivé trop tard. Je suis allé me restaurer et me laver chez tante Céline, car il me restait encore des jours. Après cela, j'ai repris le train jusqu'à Vielsalm, et là un taxi pour prisonniers m'a reconduit à Regné, c'était le 14 mai 1945.

Mon futur beau-frère, qui avait sa maison incendiée, habitait avec ma sœur dans la maison que mes parents m'avaient achetée, mais un pan de mur s'était écroulé et de mon lit j'admirais le panorama du village. C'était désolant ! Il y avait beaucoup de maisons brûlées, une douzaine de morts. Les gens vivaient dans des baraquements ou des réduits.

Vu les circonstances, Mle Louise et Georges se marièrent 15 jours après mon retour, le 1er juin 1945. Lui était déjà rentré de captivité le 28 avril, ainsi que mon copain d'enfance René Dubois. J'étais l'avant-dernier à rentrer à Regné.

J'ai appris qu'une sœur de maman, tante Irma, avait été tuée à Les Tailles avec son fils Joseph, le jour de ses 18 ans.

Après avoir subi de tels chocs, le docteur Pinson m'a conseillé d'aller me reposer en dehors des lieux de combat. Je suis allé, 1 mois, à Rance chez mes parrain et marraine en compagnie d'autres cousins qui étaient dans mon cas. Nous avons été bien choyés et soignés, mais il fallait travailler.

Pendant la guerre, papa allait de fermes en fermes avec sa machine à battre les céréales. Avant les hostilités, la machine était restée à Sart. Et c'est là que j'ai repris […]

[Page 12 du manuscrit manquante]

[…] dans le bureau. À cette époque, je me suis acheté une moto, ainsi je pouvais rentrer plus facilement à Regné, mais l'hiver ce n'était pas fiable quand il gelait.

Vers 1950, j'ai suivi Fernand Adam à Saint-Vith, mais en 1951 après 6 mois, je suis retourné à Petergemfeld. Ensuite en Flons, avec un copain, nous avons été mutés au groupe mobile de Vottem. Là, je m'y plaisais, pas trop de travail, bonne nourriture. Nous allions parfois au Palais à Liège pour surveiller les détenus. Une interruption de 3 semaines pour rallier la brigade de Montegnée où je logeais chez un gendarme, Louis Brein originaire de Regné, qui avait une petite fille. Et je suis rentré à Vottem.

Ensuite, changé pour Malmedy, où je suis resté 1 an. Après cela, muté pour Eupen, mais seulement pour 19 jours, car le commandant n'était guère mon ami. Alors j'échoue à Schoenberg avec un autre, Adam et Defère. En 1953, en février, il a énormément neigé et nous avons été bloqués pendant 10 jours. Il y avait de la neige jusqu'au-dessus de la porte, plus de téléphone, ni d'électricité, plus de courrier...

J'étais toujours à la frontière allemande parce que je connaissais la langue. J'y suis resté jusqu'en 1956. Je retournais souvent à Regné pour aider ma sœur qui était veuve depuis 1954. Tous mes congés et parfois sans solde, je travaillais à la ferme, jusqu'au jour où je fus désigné pour la brigade de Recht. Alors là, j'en ai eu des disputes avec le commandant, c'était un vieux bougre qui ne valait rien. Il y avait encore des pro-nazis et nous avons eu pas mal de travail. […]

[Page 14 du manuscrit manquante]

[…] À midi, nous sommes à Valladolid, un essaim d'enfants nous escortait pour nous conduire à un restaurant, de même qu'un ancien ouvrier des usines textiles du nord de la France qui nous a expliqué la cause de la grande misère de ce pays. Nous étions restés discrets, car nous avons appris que des Belges ayant trop parlé de Degrelle se sont retrouvés à l'Amigo. Arrivés dans un hôtel, on nous sert un grand plat de poissons et crudités et je dis en wallon « aloutte, on jô do far valet », alors le serveur plonge sur une corbeille de pain et nous l'apporte. Après ce repas, nous nous dirigeons vers le Portugal. À la frontière, nous recevons un carton publicitaire pour un hôtel où on parlait le français à Guarda. Quel accueil ! À peine la voiture arrêtée, des grooms nous ouvrent les portières et prennent nos bagages pour nous conduire dans ce palace. C'était splendide ! Cela nous a coûté le double d'ailleurs, mais cela en valait la peine, pour une fois nous nous sommes pris pour des millionnaires.

Le lendemain, nous sommes enfin arrivés à Fatima, le but de notre voyage. Là c'est la simplicité. Notre hôtel était fraîchement bâti et son patron, quoique ressemblant à Khrouchtchev, était très sympathique. Ce qu'il faisait chaud ! La grand'place des apparitions était immense, dans la basilique, il fallait s'agenouiller sur le sol, des pèlerins avaient les talons crevassés, sans doute avaient-ils beaucoup marché. Nous avons visité Aljustrel, le village des petits voyants et la chambre de sœur Lucie. Nous sommes aussi allés sur la plage de Nazaré et vu les pêcheurs avec leurs bonnets servant de porte-monnaies. Batalha […]

[Page 16 du manuscrit manquante]

Nous étions quand même un peu tristes de quitter la famille Lamberty qui avait été si gentille avec nous.

J'avais déjà acheté 2-3 génisses pleines et 1 vache et petit à petit la ferme se formait et les travaux se terminaient. J'allais parfois travailler à la scierie, sur facture, et je faisais l'interprète pour l'allemand. Enfin, le vendredi 13 janvier 1961, nous avons eu le bonheur de voir naître notre petit garçon Louis-Marie, alors que j'aurais dû être rappelé pour des grèves, il paraît que mon secteur avait été oublié.

Notre fille Anne-Françoise a montré le bout de son nez le 23 septembre 1962, que nous avons été heureux !

J'avais été sollicité pour faire des assurances, mais cela ne m'agréait guère. Jusqu'au jour du dur hiver suivant où un représentant de la firme Gourit, Gaston Dohogne, me demande d'aller prospecter avec lui pour vendre des poudres de lait pour engraisser ou élever des veaux. Comme je n'avais pas grand'chose à faire pendant les fortes gelées, je l'ai suivi et c'est ainsi que j'ai débuté dans le commerce d'aliments pour bétail. Après les poudres, il fallait des granulés et puis des tourteaux, ensuite des graines pour la volaille, des engrais et du fourrage. La voiture ne suffisait plus, et j'ai acheté une camionnette d'occasion et puis une nouvelle avec laquelle je transportais des animaux pour des marchands de bestiaux. À la fin de celle-ci, je l'ai remplacée par un gros camion Mercedes d'occasion qui m'a beaucoup servi. Avec toujours la firme Gourit, je vendais des produits Morgenstond, jusqu'au jour où Jacques Formay m'a proposé des composés du Boeren Bond qui pourraient être livrés en grosse quantité, en vrac, directement à la ferme, ainsi que des engrais. […]

[Page 18 du manuscrit manquante]

[…] Louis-Marie et Anne-Françoise allaient chaque jour à l'institut technique à Rencheur et à leur temps libre, ils savaient déjà donner un coup de main.

Lors de la fenaison précédente de 1976, Louis-Marie et Antoinette sont allés en car, avec un groupe, à l'arrivée du Tour de France à Paris en faisant un détour par l'Italie et la Suisse. Et pendant ce temps, avec les 2 filles, nous sommes allés en Allemagne chez toutes mes connaissances.

Pour nos 20 ans de mariage, en 1977, avec 3 couples mariés la même année que nous, nous avons fait le voyage en avion à Grande Canarie. Il faisait très chaud et je suis 2 fois venu directement à l'hôpital de Malmedy. J'avais contracté une insolation avec des maux de tête et le poignet douloureux, symptômes d'une thrombose.

En 1978, l'État allouait une prime aux fermiers qui essayaient de traire et ne gardaient que des vaches allaitantes. Une bonne nouvelle nous a fait du bien et l'hiver, les travaux de la ferme étaient plus simples. Nous vendions des engrais « TPMAC » en grande quantité afin de gagner des voyages. Nous sommes allés à l'île de Jersey en car et par mer en 1979. Une année après, en Turquie, puis en 1981 en Angleterre par bateau, de même en 1983 en Écosse. Et nous sommes retournés en Tunisie en 1984. […]

[Page 20 du manuscrit manquante]

[…] dans une croisière en Méditerranée. D'abord en car puis sur un navire grec « le World Renaissance ». Après exercices de sauvetage, nous longeons les côtes italiennes durant une nuit et un jour. Antoinette a eu le mal de mer, n'a pu assister au dîner du Capitaine. Le lendemain, nous accostons à Messine où nous assistons à une messe et visitons la ville... Nous contournons le sud de l'Italie et accostons quelques heures à Katakolan. Puis nous longeons la Grèce du sud et nous retrouvons dans l'île de Mykonos.

Le vendredi 14 août, nous faisons une escale à Istanbul, nous visitons le palais du Sultan et la mosquée bleue, Sainte-Sophie, le bazar avec ses multiples boutiques. Lendemain, nous retrouvons la petite ville côtière, pauvre, de Nesselour en Bulgarie. Et puis cap sur Odessa en Russie, où nous nous sentions mal à l'aise, nous devions acheter des souvenirs dans des boutiques « Intourist ». Un peu plus loin à Yalta, c'était un peu décontracté, nous visitons le château où a été signé le traité du partage de l'Allemagne en 1945 avec Churchill, Eisenhower et Staline. Après cela nous traversons la mer Noire en un jour pour passer par le Bosphore. Puis nous nous retrouvons à Athènes que nous visitons et nous traversons le canal de Corinthe pour nous retrouver dans l'île de Corfou, l'escale, avant de débarquer à Dubrovnik. Enfin notre superbe voyage se termine à Venise où nous retrouvons le car qui nous ramène chez nous. Prévenue, Laurence nous attendait au parking de Neufchâteau. Nous avions visité 7 pays et traversé 5 mers. C'était une belle expérience que nous n'oublierons jamais. […]

[Page 22 du manuscrit manquante]

En 1997, nous liquidons tous les animaux de notre ferme dont j'étais si fier, mais j'ai juré alors que je ne ferais plus rien. J'avais 76 ans. Et pour me consoler, nous avons repris le car, pour 10 jours à Lloret de Mar. Mais ce ne fut pas tout, avec Laurence et Nicole nous retournons en Bavière pour 3 jours. Et en juin nous faisons partie d'une expédition, en car, en Roumanie, avec un groupe de Lierneux. Nous avons visité quelques villes, pesé les vêtements et donné de l'argent pour les toilettes d'une école. Nous logions chez l'habitant, mais c'est un pays jeune qui prendra du temps pour remonter la pente. Et pour terminer la série, nous reprenons le train pour la côte belge avec Laurence et Hervé.

Après être retournés à Lloret en 1999, nous nous envolons vers Chicago avec quelques personnes de la famille de la Baraque de Fraiture rejoindre les vétérans qui avaient combattu là en 1944. Le séjour a été court, un week-end bien chargé en visites et réunions. Pour fêter le 2e millénaire, nous avons encore regagné l'Espagne, toujours dans le même hôtel « Don Juan ». En 2001, avec Jean et Louise, sommes retournés en Allemagne pour soutenir ces jeunes gens qui perdent leurs jeunes. En juillet, Antoinette et Hervé regagnent la mer du Nord. Nous ne nous lassons pas de l'Espagne. Lloret de Mar nous reverra 2 fois en 2003, d'abord en mars pour 10 jours et en octobre pour 17 jours.

Nous continuons notre train-train de vie sans grands voyages pendant 5 ans. […]

[Page 24 du manuscrit manquante]

[…] au C.H.U de Liège, car le docteur craignait une thrombose, ce qui n'a pas eu lieu. Des périodes de confusion ont été remarquées et une énorme perte de sang. Après 15 jours d'hospitalisation et de nombreux examens, elle est rentrée à la maison, sans trop savoir ce qui s'est passé.

Pour mes 88 ans, au mois de décembre, j'ai eu la surprise de ma vie. Alors que nous allions dîner aux Doyards à Vielsalm avec Laurence, j'ai vu toute la famille au complet qui m'attendait pour chanter « Bon anniversaire ». Ma filleule Louise et son mari et l'amie de Laurence étaient de la partie. Les patrons s'étaient surpassés et la fête a duré jusqu'après le souper. Laurence avait bien fait cela.

Nous avons passé le réveillon de Noël à Fexhe-le-Haut-Clocher chez Françoise et logé chez Laurence à Liège. Et au nouvel an, nous avons porté le repas préparé chez nous avec Laurence pour fêter l'an neuf avec le groupe habituel : Marthe, Nicole, Louise et Jean. Cependant, l'hiver a été long et froid. Il est temps de revoir le soleil.

En fait de soleil, nous avons été copieusement servis ! Nous nous sommes envolés pour le Sénégal, avec Laurence le 11 avril pour parcourir presque 5 000 kilomètres à 11 700 mètres d'altitude et avec une température extérieure de moins 57°. Enfin, après 6 heures de vol, nous atterrissons à Dakar par une chaleur estivale. Encore 82 kilomètres et nous arrivons à Saly où se trouve notre hôtel. Quelle merveille ! Des huttes en dur recouvertes de chaume, dispersées dans un parc, comme dans un village avec parterres fleuris et allées en béton pour y accéder. Tout le confort moderne, surtout climatisation, mais malheureusement pas de frigo. […]

[Page 26 du manuscrit manquante]

[…] Nous avons continué notre farniente jusqu'au jeudi où le volcan islandais a craché ses cendres. Nous suivions les émissions à la T.V. française et nous nous sommes demandés quand nous allions rentrer. Certaines agences de voyages ne sauraient trop que faire, mais la nôtre nous a demandé d'attendre. Le départ prévu pour le 18 à 16 heures passé, nous avons pris patience et le mardi à 1 h 30, on nous a donné 50 minutes pour boucler nos valises et prendre le car pour Dakar. À l'aéroport, on nous a rempli les tickets d'avion à la main et nous avons attendu le cargo militaire venu nous rapatrier. C'était un nouvel Airbus 330 tout confort avec des « hôtesses » en costumes kaki bien sympathiques. À 1 heure belge, le « Belgian Air Force » quittait Dakar et 6 heures après nous touchions le sol de Zaventem. Il y avait 268 passagers à bord, bien gardés par l'armée belge. Heureux d'avoir passé de belles vacances et gagné 2 jours.

Ce 10 mai 2010, il y avait 70 ans qu'avait été déclenchée la 2e guerre mondiale. Les chasseurs ardennais de la province de Luxembourg dénombraient encore 17 qui étaient présents en 1940. Et à cette occasion, il y a eu une manifestation au monument de Martelange où le Prince Laurent était présent. Mais nous avons attendu longtemps, dans le froid, l'arrivée des autorités. Et le 15 mai, nous avons fêté, avec toute la famille, les 80 ans de ma femme, aux Doyards, dans une ambiance comme les patrons savent le faire. L'été a été parsemé de plusieurs bons moments.

Souvenirs épars

En janvier 2006, la province de Luxembourg organise un voyage de mémoire pour certains élèves des écoles supérieures et quelques personnes qui le désiraient. C'était en Pologne pour la visite d'Auschwitz-Birkenau en avion militaire. On quittait Bastogne à 4 heures du matin en car pour Melsbroek et puis l'avion. Pour minuit, nous étions chez nous. Là-bas il faisait très froid et il avait neigé. Je pense que cette visite a porté ses fruits, à entendre les jeunes.

Le 3 mai 1931, alors que j'avais 10 ans, une petite cousine est née à la Baraque de Fraiture. J'avais tellement envie d'être parrain que maman s'est arrangée avec le parrain prévu et j'ai tenu Louise sur les fonts baptismaux.

Il fallait nourrir les bêtes. Mais comme je n'avais qu'une prairie à foin, c'était trop peu pour acheter des machines. Et j'aidais à faner chez René Antoine et René Ponfort, ainsi après leurs travaux, ils fanaient pour moi. Mais malheureusement, le temps n'était pas toujours de la partie et mon foin a quelques fois pourri sur le champ. Alors il fallait tout acheter. Par la suite, avec Antoine, nous avons échangé les terrains afin qu'ils soient plus proches de chacun de nous.

J'ai commencé à marcher très tard, à 18 mois. Mais cela ne m'empêchait pas d'aller chez les voisins en me traînant sur une fesse, je traversais ainsi la route recouverte de gros cailloux. Ensuite j'allais souvent chez Brid, là j'étais gâté, il y avait 6 enfants dont la plus jeune n'avait que 6 ans en plus que moi, j'allais même y loger.

En septembre, les regains n'étant pas clôturés ni fauchés perdaient le bénéfice de cette belle herbe. Alors on y faisait brouter les bêtes, mais il fallait les surveiller pour qu'elles n'aillent ni sur les chemins, ni sur les terres d'autrui. J'aimais beaucoup faire ce travail pendant mes jours libres et je m'arrangeais pour avoir des voisins de mon âge qui accomplissaient la même chose que moi. Je pouvais parfois acheter un « taureau » que je cuisais au bout d'un bâton sur un petit feu de brindilles pour améliorer le pique-nique de midi.

Louis-Marie et Régine ont eu leur 1er enfant après 3 ans et demi de mariage. Amélie est née le 1er août 1987. Puis leur fils Thomas a déjà suivi le 12 décembre 1988. Et cette même année, le 13 mars, est né Xavier chez Louis-Marie et Régine et le 13 août chez Anne-Françoise et Albert, Hervé. Charles venait déjà les surprendre le 3 mars 1993.

J'ai fait ma communion solennelle à 11 ans et j'ai été confirmé à Vielsalm en 1934. À cette occasion, nous avons fait une excursion au barrage de la Gileppe en car avec « Belet » de Lierneux et nos parents respectifs.

Lors de la mobilisation, Monsieur le Curé de Bihain était venu avertir papa qu'il devrait évacuer en cas de guerre, car disait-il, ils étaient sur la liste noire de Berlin, suite à des actes d'espionnage en 1914-18. Si bien que le 10 mai, la charrette et le cheval étaient prêts pour gagner la France où papa avait une sœur et sa famille installées dans une ferme du côté d'Angoulême. Mais arrivés à Erezée, le pont avait déjà sauté et seul, papa a continué à vélo son exode vers la France. Tandis que les femmes regagnèrent Regné. C'est seulement en septembre qu'il a regagné son foyer, toujours à vélo.

Nous avons chaque année les banquets du 11 novembre qui nous réunissaient dans la bonne humeur, ou avec l'A.S.B.L. 83rd Thunderbolt Division dont je suis le président. En 2004, du 3 au 7 juin nous avons campé, pour la 1re fois, à Arromanches en Normandie pour commémorer la 60e année du débarquement des soldats américains. Nous en avons profité pour visiter les cimetières et les points stratégiques de cette bataille. Nous y sommes retournés les 10, 11 et 12 octobre 2006.

Mais en 2005, les 3 et 4 novembre, nous avons repris le car luxembourgeois Stephany pour aller visiter le camp de Struthof en Alsace. Nous avons admiré Strasbourg et navigué sur le Rhin et nous sommes aussi montés au Mont Sainte-Odile avant le retour. Le 19 avril de cette même année, nous avions visité le fort de Breendonk en Belgique.

Joseph Lambert, mars 2010

Alfred Herman de Regné fut aussi prisonnier de guerre. Il n'est pas repris parmi les victimes de l'offensive vu qu'il périt comme prisonnier de guerre au Stalag XII b à Frankenthal en 1941… Mais il est aussi une victime de la guerre et mérite nos pensées.

3. Les victimes civiles

Ayons une pensée pour ces personnes victimes de cette guerre, immortalisées sur le montage de l'époque qui est reproduit ici.

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Sur la photo ci-dessous, vous retrouverez toutes les victimes civiles de la commune de Bihain de l'époque.

Victimes civiles de la commune de Bihain 1940-1945
Victimes civiles de la commune de Bihain, 1940–1945

4. La reconstruction

Vue aérienne de l'est de Regné, janvier 1945
Une vue aérienne de l'est de Regné prise par un avion de reconnaissance en janvier 1945 (source : magazine « Life », janvier 1945)
Procession à Regné après la guerre
Procession à Regné après la guerre — remarquer le clocher de l’église détruit.

La reconstruction de Regné après la guerre témoigna de la résilience de ses habitants. Les maisons furent reconstruites, les champs débarrassés des débris et des munitions non explosées, et la vie reprit peu à peu un semblant de normalité. Mais les souvenirs persistèrent — dans les récits des survivants, dans les monuments érigés en mémoire, et dans les traces physiques encore visibles dans le village et la campagne environnante.

Section en construction — Le contenu détaillé de cette section sera bientôt disponible.

De wonden van twee wereldoorlogen

De 20e eeuw bracht onvoorstelbaar lijden naar de Ardennen. Twee keer in dertig jaar tijd bevond de regio zich in het epicentrum van verwoestende conflicten. Voor de inwoners van Regné waren de oorlogen geen verre gebeurtenissen die in de krant werden gelezen — het waren geleefde realiteiten die families uiteen reten, huizen verwoestten en littekens nalieten in het landschap en in het collectieve geheugen die tot op de dag van vandaag voortduren.

Tijdens de Eerste Wereldoorlog bracht de Duitse opmars door België bezetting naar de Ardense dorpen. Jonge mannen werden onder de wapenen geroepen, en zij die achterbleven doorstonden de ontberingen van het leven onder buitenlandse controle — opeisingen, beperkingen en de voortdurende angst voor onzeker nieuws van het front. Het einde van de oorlog bracht opluchting, maar ook verdriet om hen die nooit zouden terugkeren.

De Tweede Wereldoorlog trof de Ardennen met nog grotere woede. De regio werd in mei 1940 overrompeld tijdens de Duitse Blitzkrieg en doorstond vier jaar bezetting. Maar het meest verwoestende hoofdstuk kwam in de winter van 1944–1945, toen Hitler het Ardennenoffensief lanceerde — bij de Geallieerden bekend als de Slag om de Ardennen. De gevechten woedden door de bossen en dorpen van de regio, en Regné bevond zich op het pad van de vernietiging. Huizen werden beschadigd of verwoest, burgers kwamen in het kruisvuur terecht, en de bittere kou verergerde de ellende. De bevrijding, toen die eindelijk kwam, onthulde een landschap getekend door granaatkraters, verbrande gebouwen en de stille getuigenis van verschrikkelijke gevechten.

De wederopbouw van Regné na de oorlog was een bewijs van de veerkracht van zijn inwoners. Huizen werden herbouwd, velden werden ontdaan van puin en niet-ontplofte munitie, en het leven keerde geleidelijk terug naar een schijn van normaliteit. Maar de herinneringen bleven — in de verhalen van overlevenden, in de monumenten die ter nagedachtenis werden opgericht, en in de fysieke sporen die nog zichtbaar zijn in het dorp en het omringende platteland.

Gedenkteken voor de slachtoffers van Bihain 1940-1945
Gedenkteken voor de slachtoffers van Bihain 1940-1945
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The Wounds of Two World Wars

The 20th century brought unimaginable suffering to the Ardennes. Twice in the span of thirty years, the region found itself at the epicenter of devastating conflict. For the people of Regné, the wars were not distant events read about in newspapers — they were lived realities that shattered families, destroyed homes, and left scars on the landscape and in the collective memory that endure to this day.

During the First World War, the German advance through Belgium brought occupation to the Ardenne villages. Young men were called to arms, and those who remained endured the hardships of life under foreign control — requisitions, restrictions, and the constant anxiety of uncertain news from the front. The war's end brought relief, but also grief for those who would never return.

The Second World War struck the Ardennes with even greater fury. The region was overrun in May 1940 during the German Blitzkrieg, and endured four years of occupation. But the most devastating chapter came in the winter of 1944–1945, when Hitler launched the Ardennes Offensive — known to the Allies as the Battle of the Bulge. The fighting raged through the forests and villages of the region, and Regné found itself in the path of destruction. Houses were damaged or destroyed, civilians were caught in crossfire, and the bitter cold added to the misery. The liberation, when it finally came, revealed a landscape scarred by shell craters, burned buildings, and the silent evidence of terrible combat.

The reconstruction of Regné after the war was a testament to the resilience of its people. Homes were rebuilt, fields were cleared of debris and unexploded ordnance, and life gradually returned to a semblance of normalcy. But the memories persisted — in the stories told by survivors, in the monuments erected in remembrance, and in the physical traces still visible in the village and the surrounding countryside.

Memorial for the victims of Bihain 1940-1945
Memorial for the victims of Bihain 1940-1945
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Die Wunden zweier Weltkriege

Das 20. Jahrhundert brachte unvorstellbares Leid über die Ardennen. Zweimal innerhalb von dreißig Jahren befand sich die Region im Epizentrum verheerender Konflikte. Für die Bewohner von Regné waren die Kriege keine fernen Ereignisse, die man in Zeitungen las — sie waren gelebte Wirklichkeiten, die Familien zerrissen, Häuser zerstörten und Narben in der Landschaft und im kollektiven Gedächtnis hinterließen, die bis heute fortdauern.

Während des Ersten Weltkriegs brachte der deutsche Vormarsch durch Belgien die Besatzung in die Ardennendörfer. Junge Männer wurden zum Kriegsdienst eingezogen, und jene, die zurückblieben, erduldeten die Entbehrungen des Lebens unter fremder Herrschaft — Requisitionen, Beschränkungen und die ständige Angst vor ungewissen Nachrichten von der Front. Das Ende des Krieges brachte Erleichterung, aber auch Trauer um jene, die niemals zurückkehren würden.

Der Zweite Weltkrieg traf die Ardennen mit noch größerer Wucht. Die Region wurde im Mai 1940 während des deutschen Blitzkriegs überrannt und erduldete vier Jahre Besatzung. Das verheerendste Kapitel kam jedoch im Winter 1944–1945, als Hitler die Ardennenoffensive startete — den Alliierten bekannt als die Ardennenoffensive oder die „Wacht am Rhein“. Die Kämpfe tobten durch die Wälder und Dörfer der Region, und Regné befand sich im Pfad der Zerstörung. Häuser wurden beschädigt oder zerstört, Zivilisten gerieten ins Kreuzfeuer, und die bittere Kälte verschärfte das Elend. Die Befreiung, als sie schließlich kam, offenbarte eine von Granattrichtern, ausgebrannten Gebäuden und den stillen Spuren schrecklicher Kämpfe gezeichnete Landschaft.

Der Wiederaufbau von Regné nach dem Krieg war ein Zeugnis der Widerstandskraft seiner Bewohner. Häuser wurden wieder aufgebaut, Felder von Schutt und nicht explodierter Munition befreit, und das Leben kehrte schrittweise zu einem Anschein von Normalität zurück. Doch die Erinnerungen blieben — in den Erzählungen der Überlebenden, in den zum Gedenken errichteten Mahnmälern und in den physischen Spuren, die noch heute im Dorf und in der umliegenden Landschaft sichtbar sind.

Gedenkstätte für die Opfer von Bihain 1940-1945
Gedenkstätte für die Opfer von Bihain 1940-1945
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